La Mouette

 

«  LA MOUETTE »

 

Restauration d’un bateau moteur

acheté d’occasion

 

 

C’est au sein du club AMC que j’ai entendu parler de M. Tribolet de Vuissens qui, tous les samedis matins, ouvre son petit commerce d’accessoires de navi-modélisme. Je lui rendis  visite à diverses reprises et lorsque mon petit-fils Mathys manifesta pour la première fois son intérêt pour le modélisme naval, je me rappelai que M. Tribolet m’avait parlé d’un bateau moteur Graupner d’occasion à réparer, mais dont les servos et moteur fonctionnaient. J’en fis l’acquisition et avec Mathys, nous nous mîmes au travail.

 

Le bateau a fière allure (1) mais il est ici représenté au terme d’une restauration assez complète. Le bateau a navigué un jour mais une infiltration d’eau s’est manifestée et nous avons été obligés de reprendre nos travaux de restauration. Pourquoi « La Mouette » est-elle, depuis le printemps 2018 toujours en réparation ?  Reprenons les choses depuis le début.

 

(1)

 

En enlevant l’habitacle, (3) surprise ! L’intérieur de la coque n’est pas beau du tout ; entre le moteur et le servo du safran, divers ajouts avaient été installés puis éliminés, tels qu’en témoignent des blocs de bois d’épicéa de formes bizarres qui n’avaient visiblement plus rien à faire dans cette coque. Celle-ci était en outre malmenée par des amas de pâte de bois ou de mélanges douteux supposés colmater des irrégularités, ou tenir des pièces ensemble, ou lutter (inefficacement) contre les infiltrations d’eau.

 

(3)

 

A gauche on aperçoit  deux cornières de « Meccano » et à droite deux vis qui servaient à fixer la superstructure du bateau. Cela nous donne une idée du « braccaillon » qui s’était évertué à modifier, ou mieux à dénaturer ce bateau élégant. Le tube d’étambot baignait dans un paquet de graisse toute sèche. Les travaux de restauration  s’avèrent plus intenses que prévu.

 

La coque est débarrassée de tous les éléments inutiles(6). Le moteur a été déconnecté et enlevé de même que le servo de direction (7, 8). La fraise « Dremel » s’est révélée particulièrement utile pour ces travaux de nettoyage. Au vu de parties de membrures particulièrement massacrées et pourries, nous avons décidé de plaquer une pièce de consolidation qui assurera une bonne fixation du servo (9). Cela n’a pas belle allure (n’est-ce pas Gé-Gé ?) mais  l’endroit ne sera pas accessible aux élégants visiteurs et amis qui seront conviés à de futures croisières mondaines ; la porte menant aux cales du bateau sera munie d’un panneau : « Accès interdit aux machines ». La poutre de quille avait été massacrée à la sortie du tube d’étambot ; nous l’avons consolidée par deux plaquettes de contreplaqué (9 et 11).  La future fixation des superstructures sera assurée par des pastilles magnétiques qui remplaceront les pièces de « Meccano » et les vis du quincailler (12) ! Enfin, une couche de durcisseur fut passé dans la coque puis moteur et servo furent remis en place (13).

 

(6) (7) (8) (9) (11) (12) (13)

 

Le ponçage extérieur de la coque révéla des fentes à la proue, sous la ligne de flottaison (23). Un emplâtre classique de durcisseur fut posé sur la coque, complété d’une légère pièce de fibre de verre épousant la forme de la partie malade. La nouvelle peinture allait recouvrir tout cela (25).

 

(23) (25)

 

La coque réparée à l’avant est ici prête à recevoir la première couche de peinture neuve (34). Comme nous étions concentrés sur ces opérations de peinture, nous n’avons pas inspecté la coque avec une attention suffisante. Au premier tiers depuis l’avant, au centre de la coque, on aperçoit sur l’image 34 une « écaille » de peinture. Il se révélera plus tard (hélas) qu’il s’agissait bien davantage qu’un éclat de vernis sec.

 

(34)

 

Démarrage des travaux de peinture (37) en parallèle avec le petit canot de sauvetage (38). La coque a belle allure (41). L’opération se répète pour la partie blanche et assez rapidement le bateau apparait prêt à naviguer.  Mathys, très concentré, se révéla très utile dans les petits travaux délicats (45) : nettoyage patient du pont, des fenêtres de la grande cabine, du poste de pilotage, remise en place du mât, ravivage des couleurs alternées, bruns clair/foncé du pont, etc.. Oublions l’aspect de la cale. Le bateau restauré a fort belle allure (52, 54) et rendez-vous est pris pour la prochaine journée de navigation prévue à Swiss Vapeur Parc. C’était en 2018.

 

(37) (38) (41) (45) (52) (54)

 

La journée de navigation fut mémorable à tous points de vue mais notre but ici c’est de parler d’astuces et de travaux de restauration. Au terme de longues séances de navigation, je remarquai que « La Mouette » accusait quelques degrés de gîte, voire quelques sérieux degrés de gîte. Effectivement de l’eau entrait dans la cale. De retour en cale sèche (c’est une expression !), l’origine du mal fut rapidement identifiée dans la zone de l’image (34). Elle fut confirmée au terme d’un sérieux ponçage de la peinture neuve !  Si Mathys se captive pour les travaux délicats faits de précision et de finesse ainsi que pour la partie électrique, son grand-père – qui en a vu d’autres – se charge des travaux plus ingrats de ponçage, d’essais divers qui souvent exigent de faire, d’essayer, de modifier, de refaire. Je suis outillé pour ces travaux que je puis entreprendre dans un garage extérieur, ou dans mon garage souterrain d’immeuble et, pour les travaux délicats de collage, dans mon coin d’atelier au galetas. Et il parait que ce va-et-vient du sous-sol au 3e étage contribue à conserver la forme physique… ou ce qu’il en reste.

 

On prétend qu’un malheur n’arrive jamais seul. Imaginez la reprise des travaux  ci-dessus de décapage de la peinture, au terme desquels nous décidâmes de badigeonner extérieurement la coque de résine epoxy  et de la recouvrir d’un tissu de fibre de verre. Je maîtrisais cette technique, l’ayant appliquée sur mon voilier « Vadima ». Ce fut un ratage total ! Le durcisseur ne fit pas son effet car les opérateurs n’avaient pas respecté d’assez près tous les paramètres  de l’opération. Amis débutants, écoutez avec moi les conseils des membres expérimentés du club : respecter le dosage, au gramme près, de la résine, respectivement du durcisseur, respecter la température ambiante du local ou du lieu des opérations (si en plein air), mélanger résine et durcisseur pendant 3 minutes au moins et ne jamais utiliser de restes de matières croupissant depuis des mois dans de vieilles boîtes. Ce genre d’économies ne paie pas.

 

Cette mésaventure explique pourquoi « La Mouette » termina l’année 2018 au fond du garage, sa carapace collante séchant vraiment lentement, très lentement. Un nouveau et épineux problème était posé : comment décaper cette mélasse sans abîmer complètement la coque, son bastingage, ses accessoires ?

 

Pour travailler sur la coque retournée, il fallait pouvoir prendre appui au fond de celle-ci et assez rapidement, je pris des repères et imaginai une structure à placer entre la table de travail et le fond retourné de la cale. Cela commence par le découpage de bouts de papier (61), puis de cartons, puis de contreplaqué (62) et enfin par la construction d’un curieux ensemble (63, 64) qui, une fois introduit dans la coque (66, 69) et le tout retourné sur la table de travail (72), permet de travailler sur la coque en effectuant des pressions qui n’auront aucune influence sur les bastingages, et bouches à air, etc., qui encombrent la surface du pont.

 

(61) (62) (63) (64) (66) (69) (72)

 

Nous en sommes là en ce printemps 2019  qui tarde et ne semble pas pouvoir chasser définitivement l’air froid venu du nord mais cela nous arrange car notre malheureux mélange a fini par durcir quelque peu et il est devenu possible de l’arracher au moyen d’un petit rabot « Stanley » du genre râpe à fromage. Nous avons des chances, en 2020 de retrouver « La Mouette » en navigation et si tout se déroule comme nous l’espérons, le caboteur  sera aussi de la partie ! En attendant ces jours heureux, Mathys se console avec un splendide remorqueur Southampton neuf (73) !

 

(73)

Yverdon – Mai 2019 / Roland et Mathys Besancet

 

Commentaires (2)

Gilbert Albrun
  • 1. Gilbert Albrun | 21/04/2020
Félicitations pour ce rude travail de restauration .Ce n' est peut-être pas le plus passionnant à faire mais le résultat est là ;et plus c' est difficile,mieux on apprend .Et bravo à Roland de partager sa passion avec Mathys,la relève est assurée .

Gilbert
Chanez
  • 2. Chanez | 18/04/2020
Quel parcours de vie pour "LA MOUETTE"! mais aussi quel bel exemple de remise en état d'un beau modèle typé tel que celui-là. BRAVO pour le gros travail réalisé et aussi pour votre témérité face à l'ampleur du chantier!
Longue vie à "LA MOUETTE"

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Date de dernière mise à jour : 18/04/2020